Histoires de gouttes d'eau
La Vérité ne se révèle jamais dans sa complétude afin qu'aucun moment ne soit inutile. Elle est composée du présent, passé et futur, et seule cette dernière part en est malléable plus ou moins. Passé et présent sont déjà figés dans la mosaïque.
De même, elle ne se révèle jamais à un individu entièrement, afin que nul ne puisse dire à un autre :"Je n'ai pas besoin de toi !"
L'eau qui s'infiltre dans les parois de la cave troglodytique après chaque pluie, ne dit rien d'autre. Chaque goutte qui transpire de la roche semble imprimer la pierre d'un paragraphe de son infinie mémoire. Ainsi s'inscrit en caractères codés toute l'histoire de la vie. Tout ce qui vit a besoin d'eau, mais sans la vie, elle n'est qu'un minéral inerte. Rien de ce qui est ne peut dire à autre chose : « Je n'ai pas besoin de toi ! »
De tous les recoins du monde qu'elle a visité, chacune garde les stigmates depuis sa dernière grande communion océane, de son élévation au vent et au soleil, de sa traversée du ciel de bas en haut au gré des courants chauds ou froids, de long en large aux vents changeants, des concrétions nuageuses gentiment condensées pour fondre en pluie fine sur la Normandie, ou des tensions qui deviennent orageuses et éclatent en foudre pour mouiller les amants pacifiques.
Et puis sa participation joyeuse et toujours renouvelée à l'histoire de la vie, quand elle gonfle l'adn, pour qu'au souffle d'Adonaï, il s'anime et se révèle : abeille ou journaliste, sangsue ou banquier, ortie ou chômeur....