En voilà une autre qui s'étonne de ne plus voir dans les champs tant de créatures qui y foisonnaient : libellules et abeilles, cétoines, grenouilles et orvets, salamandres, campagnols et loutres... comme si la nature où ils s'ébattaient leur était devenue inhospitalière, comme si l'environnement tout entier s'était émancipé des lois qui le régissaient et en vue desquelles ils furent conçus.
Ce n'était plus la griffe du lynx qui déchirait le cuir du lièvre pour la rendre au monde mais, plus souvent, un pare-buffle qui, non content de refuser la priorité à la vie, cassait de sa matière sans âme, le fil invisible qui tenait unies dans une même existence toutes les cellules à vocation d'animer ce corps. Et d'attendre là, que dans un suprême mépris de si ternes camions l'aplatissent tant, que berlines arrogantes et citadines négligentes pourront faire disparaître aux yeux indifférents de leurs valets, jusqu'aux dernières traces des crimes ; le sens s'émousse de la sagesse qu'elle a côtoyée tout au long de son périple ?
Et, du renard abandonné par la vie, ce n'est plus la corneille qui s'en vient la chercher pour un nouvel envol. Des êtres dénaturés soulèvent à la pelle les restes inanimés de l'animal, pour le jeter au ventre d'une benne où les maîtres de ce monde croient cacher leurs hontes au milieu de plastiques fabriqués avec ce que le temps fît des matières organiques, jusqu'à de leurs ancêtres ?
De là, il est jeté au milieu d'immondices de toute sorte, et continue sa décomposition, libérant pour rien ses richesses.