Celle-ci, accrochée dans la mousse, a patienté des siècles qu'un coup de piolet la fasse dégringoler de l'Anapurna, de quelques centaines de mètres. Cela a suffi pour que l'été la libère de son inertie. Elle rafraîchit un moine dans une lamasserie, le quitta presqu'aussitôt, puis de ruisseau en torrent, se jeta dans le Gange. Elle passa à Bénarès pendant le pélerinage. Là, elle connut tout de la condition humaine, traversant comme une forêt de corps qui l'appelaient à la communion. Elle nettoya des intouchables comme des ascètes, un yogi de plus de 150 ans la prît dans ses cheveux, s'en frotta la tête, s'en imprègna et s'imprima en elle, puis la rendît au monde ; elle se chargea de maladies et de cendres, du sel des larmes et de la poussières des campagnes, de sang de fidèles bousculés dans la foule et de suc des fleurs tressées en offrandes... Puis quand le lit s'est élargi, elle passa entre les vrais troncs d'arbres et les cabanes d'un Bengladesh inondé.