Celle-ci mouillait l'encre jetée par un coeur en dérive, en désespoir de cause, pour ne pas sombrer ; elle voulait sauver une amitié en perdition, qui de s'être essayée à l'amour ne savait plus ce qu'elle était... Et c'était de larmes qu'elle mouillait ce mot :
Deux navires étaient alliés et se voulaient supporter dans les batailles.
La goélette s'était approchée, une passerelle avait été installée, invitant l'un et l'autre à s'investir. Mais après l'avoir construite avec elle, il restait au milieu, et lui avait refusé d'avancer.
Il ne savait pas expliquer sa retenue.
Comment l'aurait-elle comprise ?
Et malgré l'inconfort et le péril qu'il y avait à cela, et malgré l'envie qu'il en avait pourtant, il empêchait toute traversée bien que tenant au maintien du pont.
Trop d'espérances , mutuelles mais décalées, pesaient sur la passerelle qui risquait de rompre quand l'orage menaça. La goélette décrocha et mit les voiles.
Par la suite, chaque fois qu'il l'abordait, il ne savait de même, que s'y agripper à l'espoir illusoire qu'une magie opèrerait et restait ahuri, figé dans la crainte de ce qu'un geste où un mot rompe les fragiles cordages, jusqu'à retenir sa respiration, étouffant l'amour que son corps tout entier aurait voulu crier.
Elle fuyait la lourdeur de ce marin d'eau douce et ses assauts stériles, se tenait au large de ce navire qu'elle avait cru s'allier et dont elle ne comprend pas le langage plus qu'il n'entend le sien. Elle n'avait pas plaisir à le voir s'échouer seulement elle cherchait au large son salut.
Mais tous les mots sans réponses qui l'avaient précédé n'en faisaient plus guère qu'une bouteille à la mer. Et submergé d'émotion par l'enjeu, de se sentir si maladroit, le mot ne fut pas même envoyé et finit au papier ; il est tombé à l'eau et vous voyez, l'eau l'a recueilli et s'en souvient.
Et qui sait si, au gré d'une pluie fine, d'une douche apaisante ou d'un désaltérant, la goutte d'eau n'ira pas porter son message à sa destinataire ?
Qu'importe ce qui y était écrit, à l'entame ou la signature, ni quelles phrases y étaient en ambassade ; l'eau ne sait pas lire ! Mais elle comprit le phénomène par lequel elle fut expulsée des yeux du malheureux, et l'a traduit en image.
Et ce qu'il voulait dire... Nous le savons tous ! "Je t'aime !" sur tous les tons. "Tu me manques !" "J'ai besoin de toi !"...