C'est comme si l'instinct naturel de l'homme, au service de la vie avait été extirpé de son patrimoine génétique pour être remplacé par des instincts conçus d'esprit d'homme, au service du marché... Voici comment il a réécrit l'agriculture...
Ce n'est pas sans honte que l'agriculteur l'avoue, mais il plante sciemment des variétés moins goûtues, fabriquées par l'INRA, ou Monsanto pour garder un bel aspect, parce que le marché le demande... Dans bien des cas, il a même réussi à faire interdire les anciennes semences, libres de droits...
Et l'agriculteur traite avec des potions malsaines créées par les chimistes pour répondre à la vigueur croissante des maladies et nuisibles que la concentration des cultures fait foisonner... Car sans la concentration qui fait la surproduction, les marchés ne feraient pas la loi, ils ne pourraient pas presser les prix d'achat à la baisse...
L'agriculteur suit encore les recommandations des distributeurs pour le conditionnement, les calibres, les maturités de cueillette, la réfrigération... tout ceci pour répondre à leurs moindres caprices...
Les premiers l'ont fait par l'appât du gain, pour s'attirer les faveurs du marché, et pour le petit plaisir humain de se montrer meilleur que ses voisins (le même qu'avait l'ancien avec son mélange de pomme, mais jugé au nouveau critère exclusif : l'enrichissement).
Les suivants l'ont fait, contraints et forcés, car du fait de la surproduction qu'il a initiée, le marché ne nourrit plus que son troupeau servile, et laisse crever toute bête mal dressée, tout homme libre... pour s'accaparer ses herbages...
Les autres sont en voie de disparition...
Ainsi, le marché s'étant emparé des terres, le profit n'est plus à gagner sur l'espace, alors il sélectionne parmi les agriculteurs, et envoie à l'abattoir, à la réforme, tout bête blessée, ou malade... et toute bête qui renâcle à suivre le troupeau ; il ne paît que celles qui pissent l'argent matin et soir sans rien dire, il les soigne et les drogue à coup d'emprunts hypothéquant terres et maisons, à coup de subventions, de primes... comme autant de chaînes qui les empêchent de vaguenauder à l'écart des sentiers qui les mènent à traire...