J'ai toujours aimé voir ces petits chemins de terre et, pour la première fois, j'en saisis le sens : ils sont à l'image de l'équilibre à trouver en chaque homme, entre sa matière brute, animale, naturelle... et sa vision d'un idéal qui se conforme parfaitement à ce qu'il veut, ce qu'il croit bon, au moins pour lui même.

Le chemin est une réalisation de l'homme, pour traverser la nature avec plus de confort : chaque être, dans la nature, répond à ses impulsions instinctives, et à des règles non écrites qui régissent ses rapports, tant avec sa communauté qu'avec le monde... L'herbe, ni la gazelle, ne s'inquiète pas de savoir si elle sera mangée, ni par qui : l'une, aux premières chaleurs du printemps, met toute son énergie à croître, à se bâtir une structure solide pour alimenter de futures graines et perpétuer la vie ; l'autre met son nez au vents des savanes pour y percevoir les odeurs de la vie, des herbes, de l'eau, des arbres comestibles, des lionnes à la chasse et des mâles en rut...

Qu'il y ait des leurres, dans la nature, et que des signes trompeurs mettent sa vie en jeu, ne pose pas question : nul ne met sa vie au dessus de la vie... Est-ce là un manque d'intelligence ?

Serait-ce de l'intelligence , pour le mâle de la veuve noire, de refuser l'accouplement qui lui coûtera la vie ? Mais alors, il n'y aurait plus de veuves noires...

Serait-ce par manque d'intelligence que le moucheron, se laisse capturer par l'arum, pour le féconder.... Mais alors, il n'y aurait plus d'arums...

Et parce que tout est lié, d'autres espèces pourraient disparaître, dépendant de l'arum ou de la veuve noire, pour apporter des nutriments ou supprimer des prédateurs...

Serait-ce par manque d'intelligence que l'opposant à la dictature risque l'emprisonnement, la persécution, la torture ? Mais alors, il n'y aurait plus d'espoir...