L'année du gland
Frères !
L'an dernier, à la même heure, je vous invitais à cultiver la Liberté...
Après, si vous ne voulez pas m'écouter...
Mais je ne m'empêcherai pas de vous souhaiter encore, ce que je crois le meilleur parce que vous ne m'écoutez pas, de même que je ne m'empêcherais pas de vous aimer si par malchance, vous ne m'aimiez point... Je serai radical là-dessus...
Justement pour 2021, si je vous souhaite, bien sur une bonne santé, il est une chose à souhaiter, qui me semble manquer de plus en plus cruellement au monde : le bon usage de la mesure et de la radicalité...
Pour commencer l'année avec un bon bol d'air, en ces temps confinés, je vous propose :
Regardez un gland !
Sortez dehors ! Allez au pied d'un chêne !
Regardez un gland ! Regardez le chêne !
Prenez le premier dans votre main ! Emplissez vos yeux du second ! Et ouvrez votre esprit !
Ecoutez le chêne vous parler, de radicalité et de mesure !
Il vous dira le temps, où il n'était qu'un gland, semblable à celui-là qui roule sous vos doigts...
Il se souvient, pendant des mois il attendit que la froidure fut partie...
Il se souvient comme déjà, tout était là en lui, qui le ferait devenir ce qu'il est aujourd'hui...
Son premier acte radical, fut de lâcher prise, lâcher la branche nourricière
Qui le tenait à bout de bois, le tenait à bout de bois vert
Etait-ce un acte volontaire, ou poussé par un vent contraire ?
Fut-il lâché, le temps venu, à contre-coeur, du chêne-mère ?
Sa précieuse identité, en carapace pour la chute,
Abandonné à son destin, il n'en oubliait pas son but :
« Qu'importe si je tombe mal, ou le risque d'être mangé...
J'attendrai le temps idéal avant que de m'enraciner...
Il m'en fallut de la mesure, pour estimer l'heure propice :
Relever la température, et ses écarts qui trahissent
Que le printemps sera tardif, capter la luminosité,
Frémir aux attraits de la lune, peser l'air et l'humidité...
Etre prêt quand l'Esprit de vie sonnera l'heure de Vérité...
Et là : jaillir de son secret, sortir vivre son aventure,
Fendre la coque protectrice, lancer à travers la verdure,
Comme main travaillant la terre, une racine à implanter...
Notons ici que la radicalité est pour des moments très particuliers, tout le reste du temps, c'est la mesure qui doit régner...
Mais voilà : le temps de la mesure n'est pas télégénique ! Même les documentaires les plus sérieux, ne s'attardent jamais sur la patience de la graine, avant sa maturité, ou avant de s'enraciner, qui dure pourtant des mois...
Rien sur la sagesse qu'il faut pour dire : Non ! Ne bougeons pas encore ! Ce n'est pas le moment ! Ne manifestons rien de peur d'être stérile !
Non ! Je ne suis pas prêt ! Manquent des éléments ! Je ne saisis pas tout !
Non ! Mon chemin n'est pas là !
Mais que vienne à paraître un bout de radicule et on zoome en gros plans, sous tous les angles, et on en fait des tonnes, juste pour cet instant...
C'est la première leçon du gland à l'homme sage (l'autre n'écoute pas) à l'ouvrier d'abattoir et au végan, au fanatique, à l'épandeur de Roundup et à l'anti-glyphosate, aux « philes » et aux « phobes » de tout poil : la mesure est la norme ; la radicalité est pour les temps exceptionnels...
Ma racine partie en mission n'avait pas d'ordre ferme pour son exploration,
Ni de plan détaillé de ce qu'elle trouverait de pierres ou de terre...
Ce n'est qu'avec souplesse qu'elle a pu cheminer jusqu'à destination,
Tâtonnant sans relâche et ouverte au partage avec cet univers...
Batailler et trouver sa place, mériter sa part de ressources,
Se méfier de tout et de tous sans jamais arrêter sa course,
Suivre quelque sillon de vers, les aider à creuser plus loin
Jusqu'à en devenir poète ; voir qu'ensemble on fatigue moins...
Rien pour autant, dans sa détermination, n'était remis en cause,
Elle n'a pas attendu que devant son bon droit, le chiendent fasse place...
Que la nature en choeur dresse une haie d'honneur jusqu'à ce qu'elle se pose...
Chaque obstacle croisé, elle passe à coté, et jamais ne se lasse...
Tout ce qu'il lui fallait, c'étaient les éléments qui l'aident à grandir...
Contre la concurrence, devrait-elle descendre dans les profondeurs ?
Ou se contorsionner entre cailloux serrés, avant de se nourrir ?
« J'irai ! C'est tout ce que je sais ! A chaque question vient son heure ! »
Notons que, dans sa détermination radicale pour s'enraciner, le gland ne manque pas de mesure...
Il sait être patient, laisser passer les mois, les années, mais il est tout entier tendu vers un seul but, attentif au moment, à l'écoute des signes qui lui seront envoyés, de sa vocation, soucieux du sens de sa vie... et c'est là seulement qu'il met sa radicalité...
La radicalité dans le doute crée des erreurs radicales qui nous affectent jusqu'aux racines...
Les doutes assumés dans la mesure sont plus productifs que les fausses certitudes...
La seconde leçon du gland à l'homme sage, à l'homme de parti pris dans un mouvement, à l'homme impatient en quête d'une identité qu'il sent réprimée, et croit la percevoir autour d'autres identités qui se libèrent, dans les fracas médiatiques, d'un semblable mépris... c'est que la radicalité s'utilise dans la vie, comme la levure dans la pâte : il en faut juste un peu, et à sa juste place... Mais c'est par ce peu là, que du tout, se révèle la saveur...
La radicalité est un outil pour servir la Vérité, d'abord de ce qu'on est... Mais c'est dans la mesure qu'on la cherche...
Une fois bien ancré à la terre nourricière, je redresse la tête...
J'élance vers le haut, vers la cime des herbes, une tige fragile :
Tout droit vers la lumière, je vais me dévêtir de mon casque inutile ;
Je m'élève si bien que surplombe déjà les fières pâquerettes...
Maintenant que je puise cette énergie nouvelle aux entrailles du sol,
Je me sens investi d'une incroyable quête : l'idée semble bien folle :
Là, je me sens capable de grimper aux nuages jusqu'à les toucher
Lors que ma hampe souple s'abaisse encore au pas du plus petit gibier...
La rencontre en mon être me trouble, entre le Soleil et la Terre,
Leurs mots d'amour convoyés dans ma sève en échange épistolaire...
Dopées par leurs substances, toutes mes extrémités s'allongent sans répit...
Et par cette alchimie, et par l'astre du jour : moi, idiot, je grandis...
De cet étirement vers le bas et le haut, je viens à me détendre...
Ou bien plus sûrement, de quelques feuilles ouvertes et leur respiration...
Toute cette épopée, jusque là me tenait tendu vers l'expansion,
Mais se conjuguent en moi les forces d'un dialogue qui a tant à m'apprendre...
Notons ici que la radicalité du gland ne fait pas partie de son identité, c'est un outil au service de cette identité, pour grandir, pour s'étendre, pour s'ouvrir au monde : « Tu es un gland ; tu seras chêne, mon Fils ! »
Le reste du monde ne lui appartient pas, il le prend comme il est...
« Bon ! Mais est-ce que je sais, moi, ce que c'est qu'être chêne ? »
Comment penser que ce pût être si différent de ce qu'il était, lui qui se sens le même ?
Il ne faut pas se faire peur, il faut bien regarder : « Est-ce que j'y peux changer ? Est-ce pour le meilleur ? Est-ce que, au fond de moi, je me sens à côté ? »
La troisième leçon du gland à l'homme sage, au chômeur, à celui qui méprise son métier, ou se méprise lui-même, aux jeunes, aux anciens... : c'est que la radicalité a pour vocation d'épanouir son individu en ce qu'il est, dans son identité, même avant de la connaître...
Il ne fabrique pas de vérités avec des suppositions... Il ne se met pas au service d'une hypothèse contre une autre... Il cherche à discerner où la situer...
Pas dans une interprétation qui lui donne des raisons de rester au confort rassurant de sa noix, sans jamais sortir vérifier...
Pas dans des conceptions artificielles qui nourrissent ses peurs, son mépris et sa haine...
Pas l'idée arrogante qu'il ne vit que pour lui-même et que le monde autour, n'a de sens qu'à le glorifier...
La radicalité dans l'erreur, c'est juste ridicule ; dans le mensonge, c'est une manipulation criminelle ; dans la confusion, c'est du complotisme...
Je me suis laissé croire, un temps, qu'un chêne était un pont de la terre vers le ciel
Je recevais les clefs pour monter toujours plus haut, puiser toujours plus bas
Et de ces énergies, j'avais à gérer les équilibres essentiels ;
Me faire respecter, recevoir et donner, s'accorder sans débats...
Une foule me colonisait, foisonnant d'organismes divers...
L'angoissante communauté autour de moi se constituait...
Pléthore d'ouvriers venaient sur le chantier fabriquer leur salaire...
Un peuple opportuniste ou fraternel : grouillait de vie, prenait et restituait...
Avec les champignons, nous communiquions, aménageant notre aire ,
Ils m'enrobaient le pied en tissant leurs filets, et j'appris leur langage...
M'annonçant les menaces, comme une chaîne d'info, mais qui saurait se taire
Et nous profitions tous de leur science du sol, de leur sens du partage...
Les herbes se poussaient, année après année, pour me laisser grossir...
De l'air, des profondeurs, mon écorce accueillit bestioles en quantités...
Oiseaux et mammifères surent trouver en moi le manger, le dormir ;
Le lierre et la mousse m'embrassaient, amoureux, et par moi s'élevaient...
J'étais le roi du monde : « Il n'y a plus de doute, c'est là ma vocation !
Je ressens même en moi le pouvoir d'appeler, que viennent les nuages... »
Mais j'ai pris grosse tête et je grandis bien moins qu'au temps du premier âge,
Ma force répartie dans toute ma ramure... Je reçois un appel à une conversion...
Notons que parfois, on ne maîtrise rien, on ne comprend rien, on se sent perdu face à trop de changements... L'idée qu'on s'était faite de sa vocation ne peut plus tenir...
L'homme ne sait pas, comme l'arbre, grandir dans l'inconnu, il ne sait plus faire confiance à sa nature pour le rendre beau, bon, lui donner de l'importance, de l'utilité...
Alors, contre ses peurs, il s'invente des vérités, chacun les siennes, des mensonges masqués...
Et chaque fois que la Vérité les démasquent, il est désemparé de perdre ses repères...
Nous n'avons plus la science du voyageur qui sait bien qu'avancer, c'est perdre ses repères : la montagne est un repère jusqu'à ce qu'on la traverse, la rivière est un repère jusqu'à ce qu'on s'en éloigne...
Mais l'homme de tanière ne sait pas changer de repères, alors il les défend, comme si sa vie en dépendait... Et plus ils sont obsolètes, plus il les défend violemment, radicalement... Et l'arrogance vient chaque fois qu'il y réussit...
Pour celui-là, la Vérité n'a plus de sens... Et si Google lui donne raison ?
La 4ème leçon du gland à l'homme sage, aux extrémistes, aux socialistes, aux écolos, aux complotistes, aux « istes » de tout crin... : c'est que notre vocation est personnelle, et notre perception fugace ; et quand elle nous échappe, ce n'est pas le temps de la radicalité, surtout pas ! Surtout pas !
Il ne faut pas l'attendre de quelqu'un d'autre, mais écouter, regarder, méditer... et il faut accepter de ne pas la percevoir sitôt... Et quand on l'a perçue, il faut accepter qu'elle puisse s'effacer, comme un passage nécessaire vers une autre plus grande, ou plus adaptée...
Quand les lâches et les arrogants se rencontrent dans la radicalité, ce sont les lynchages, les pogroms, les solutions finales, c'est l'Inquisition ou la Terreur, ce sont les terroristes et les lois arbitraires, les passages à tabac et les caillassages aveugles, l'Amazonie en feu et les bouchons à Paris, ce sont des démocraties qui élisent Hitler, Trump ou Bolsonaro...
Dans la peur et l'arrogance, il n'est rien de pire que la radicalité... Mais avant la peur et l'arrogance, il y a les pouvoirs corrompus qui les ont amenées...
Ma sève affluant dans mes branches latérales se trouve ralentie ;
Je sens qu'elle prend le temps de nourrir en passant quelques nouveaux bourgeons...
Ceux des années d'avant, en prémices de branches, éclorent en drageons,
Mais ceux-là, ils se gavent en toute démesure d'autres élans de vie...
Il me vient de l'Esprit comme le souvenir d'une branche oubliée,
D'où brusquement je chûs, à l'orée de mes jours, pour mon premier sommeil...
J'étais ivre de force et cette force là s'incarne tout pareil,
Dans ces surgeons avides qui la puisent et l'entassent au cœur de leur grenier...
Bien des années plus tard ; le vent s'en vînt briser net, la moitié de ma cime...
Si j'avais eu encore l'idée de toucher ciel, il l'aurait terrassée...
Mais en tout évênement, si j'y reste attaché, ma vocation s'exprime :
Mes racines en surnombre m'envoient déjà leur baume pour la zone blessée...
Cicatrice béante, mais au printemps suivant, trois jets gourmands de ciel
S'élancent de la plaie, tout droits vers le zénith, rappelant l'illusion
De mes jeunes années ; ils se plieront bientôt, découvrant leur mission :
Produire nombre de gland pour qu'ils deviennent chênes et veuillent toucher ciel...
Notons ici que ce n'est pas la vocation qui a besoin d'être déterminée pour s'accomplir, c'est l'homme, la femme, qui doivent l'être... Et ce n'est que quand ils en perçoivent les contours, que la radicalité peut avoir du sens : pour survivre, ou ne pas se laisser perdre pour rien... pour grandir, se réparer, se convertir... pour s'accomplir...
L'homme avisé, bien plus que l'arbre, ne manque pas d'occasions d'appliquer sa radicalité ;
Les conversions nécessaires où il change d'état : au sortir de l'enfance, un mariage, une reconversion, ou si survient un handicap...
Mais surtout, s'il y regarde, chaque chose qui lui déplaît en lui-même lui donne une occasion de conversion, pour laquelle elle serait bien employée...
Ma radicalité, somme toute, fus pour ma réalisation
Mon unique « Quoi qu'il en coûte... » : « J'accomplirai ma vocation ! »
« De cette graine insignifiante, je ferai l'arbre majestueux
Qui m'est tout entier contenu et rêve de toucher les cieux... »
La 5ème leçon du gland à l'homme sage, aux désespérés, aux Ministre de la Santé, à celui de l'Intérieur... : c'est que la radicalité n'a de sens que pour son accomplissement, c'est à dire pour lui permettre d'apporter au monde, le bien que lui seul, peut apporter... Elle n'a de sens que dans l'Amour et l'indépendance, pour embellir la Vérité...
La radicalité se rapporte bien à la racine des choses, et même aux radicelles, qui sont les plus petites des racines ; c'est là qu'est sa place... Les racines ont vocation à rester cachées sous la terre, mais pas pour se faire oublier, pas par crainte d'être vues, mais au contraire, pour y puiser la force de se manifester, de se révéler, en faisant jaillir radicalement d'elles ce qu'elles peuvent produire de plus beau, et de meilleur : la fleur et le fruit...
Pareillement c'est dans le secret de ce qu'il est, au plus profond de lui, que l'homme va reconnaître les ressources de son identité et sa vocation, pour produire ce qu'il peut, de plus beau, et de meilleur... C'est au service de cela que s'applique sa radicalité... De même que la liberté...
Et d'abord pour reconnaître, parfois, dans ce qui le nourrit, ce qui lui est propre de ce qui lui est extérieur, qui le parasite...
La radicalité, c'est de cultiver, ou d'extirper quelque chose, jusqu'à la racine ; et puisqu'elle est personnelle, ce qu'il y a à cultiver, c'est la racine de soi, c'est-à-dire son identité... Et ce qu'il y a à arracher, c'est ce qui nuit à lui faire produire de bons fruits...
Maintenant, s'il en est qui sont en manque de radicalité, qui ne trouvent pas en eux-mêmes où l'appliquer, voici quelques idées :
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Un continent de plastique apparaît sur les eaux : cessez de l'alimenter !
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Les inégalités se creusent : cessez d'enrichir les millionnaires !
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La pollution vous inquiète : cessez de la nourrir !
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Une Foi vous aide à grandir en Amour et en Vérité : creusez là !
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Un pouvoir oppresseur vous infantilise : montrez-vous adultes !
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Les principes des uns vous perturbent : ne devenez pas des poisons pour vos Frères, avec vos radicalités à vous !
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Je vous souhaite, contre tout ce qui vous empoisonne, la radicalité de l'alcoolique qui refuse le premier verre, et pour tout ce qui vous épanouit, celle du paysan qui défend son droit à produire son alcool...
C'est un gland qui vous le dit...
Et hors de tout ce qui le justifie, je vous souhaite la mesure...
Bonne année...