L'arbre a le même objectif que nous : porter le meilleur, et le plus de fruit...
Mais son temps n'est pas le nôtre : il a toute sa vie, pour ça, et ce qu'il subit de perturbations le fait parfois mal réagir... Il sait estimer, mieux que nous, ses ressources et sa force, mais il ne peut pas prévoir qu'on va lui interdire d'aller là, ou là... ni qu'on veut des fruits telle année, au plus tard... ni qu'on veut les cueillir, et qu'on est maladroit à grimper aux arbres... ni que l'on vieillit, et qu'on ne veut plus trop se baisser... ni qu'on utilise une machine de telle hauteur pour le favoriser par rapport à tout ce qui pousserait à son pied...
Tout ça, ce sont nos besoins, et les conditions que l'on crée, et c'est à nous de le guider en ce sens...
La taille pourrait se limiter à harmoniser ces deux volontés de vie : celle de l'arbre et la nôtre, ou pas ;
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ne pas laisser de branches en dessous de telle hauteur ; en dessus de telle autre...
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arbitrer la concurrence entre arbres rapprochés...
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enlever les branches abîmées, malades ou parasitées...
D'abord, à partir de ses ressources, il se construit une ramure à sa mesure : ni trop grande qui lui prenne à l'entretenir, une énergie qui lui manquerait pour fructifier, ni trop petite qui limiterait sa production...
Une agression ou un accident seront pris en compte, et le pousseront soit à fructifier plus vite, s'il se sent en danger (mauvaise blessure, déchirure importante, sécheresse...), soit à refaire du bois qui cherche les cimes (taille sévère ou grosse branche cassée =>gourmands), dans l'orgueil d'une vigueur qui ne trouve plus de débouché...
La production de la ramure utilise la sève brute, venant des racines dans une poussée ascendante verticale ; la tête de l'arbre lui est un chemin naturel, pour grandir, dans une dépense d'énergie limitée... Les bourgeons à fruits se développent à partir de la sève élaborée : la sève brute qui redescend des feuilles, transformée sous l'effet du soleil (fonction chlorophillienne) ; ça prend beaucoup d'énergie...
En conséquence :
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l'arbre va avoir tendance à se conformer avant de s'inquiéter de faire des fruits, et plus il fructifie tôt et beaucoup, moins il pourra grandir ;
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plus une branche est verticale, plus elle aura tendance à grandir ; plus elle est proche de l'horizontale, plus elle aura tendance à nourrir des fruits ;
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Plier chez un jeune sujet, une branche proche de la verticale, peut suffire à la porter à fruits et stimuler les racines à chercher de l'énergie, mais peut ralentir ou affecter la pousse ;
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Une grosse branche à fruits qui casse ou qu'on coupe, crée un surplus d'énergie disponible, et provoque des gourmands ;
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Un gourmand qu'on coupe et d'autres surgissent (au pied de la coupe, des bourgeons secondaires sont prêts à remplacer le principal) ;
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Des racines qui s'orientent vers le haut, qui rebiquent, pourront faire des rejets de porte greffe, enlevant de l'énergie à l'arbre greffé : on pourra soit couper ces rejets pour lui rendre cette énergie, soit les prélever avec un bout de racine, pour faire un porte greffe, un nouvel arbre...
L'arbre se moque bien de ce qu'on mange ses fruits ; pour lui, ce qui est important, c'est la graine qui perpétuera sa lignée...
Pour la fructification, il désigne ses bourgeons à fruits pour l'année suivante vers août, pour le pommier, c'est à dire avant la maturité des fruits de l'année en cours... Chez beaucoup de variétés, cela induit le phénomène d'alternance, c'est à dire que l'arbre ne régulant pas de lui-même sa production, va produire multitude de fruits une année : peu importe pour lui s'il ne sait pas les faire grossir, puisque c'est la graine qui lui importe ; peu lui importe aussi, si de nourrir cette production l'empêche de générer des bourgeons à fruits pour l'année suivante, puisque son échelle de temps n'est pas l'année, mais sa vie : il estime maximiser sa production par cette alternance, un an sur deux plein de fruits petits, et l'année suivante presque rien, ce qui lui laisse toute son énergie pour préparer des bourgeons à fruits pour l'année suivant encore...
Le producteur n'est généralement pas du même avis ; il aimerait bien avoir des pommes chaque année, et pour les pommes à couteau, surtout s'il veut en vendre, il les préfèrerait de belle taille... Une taille sévère l'hiver, ou un éclaircissage sévère au printemps (suppression de fruits), avant une grosse production, pourront permettre à l'arbre d'avoir l'énergie disponible pour faire grossir les fruits restant, voire de permettre l'induction fruitière de nouveaux bourgeons pour l'année suivante, et ainsi limiter le phénomène...
L'arbre est partageur, et n'est pas à cheval sur la qualité gustative des fruits, ni sur leur aspect, pourvu ils mènent ses graines à maturité... Peu lui importe donc si quelques parasites ou champignons s'installent ; il n'anticipe pas que ceux-ci vont aussi chercher à proliférer...
Là encore, l'homme est souvent d'un autre avis ; une boule de gui, c'est joli, et ça fait battre le cœur des amoureux hivernaux, et c'est important... Mais quelques années après, le gui aussi a fait ses graines, qui se propagent là où elles sont, et le gui arrive à envahir l'arbre, jusqu'à le priver d'une part importante de l'énergie que puise ses racines... Couper la branche avant cette reproduction, évitera d'avoir à réguler cette seconde population envahissante...
Des pommes qui pourrissent avant d'être mûres (tavelure ou autre), ou qui ne savent pas mûrir avant les gelées... Ou des chancres qui s'installent sur le bois et menacent la bonne irrigation par la sève... Et l'homme se lamente... Sans tout régler, une taille qui permette à la lumière de pénétrer au cœur de l'arbre participera à atténuer ces problèmes...
Reste que chaque coupe, jusqu'à se cicatriser, est aussi une porte d'accès vulnérable, pour l'arbre ; il convient donc :
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de ne pas en abuser ;
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de favoriser cette cicatrisation, d'abord en coupant près d'un passage naturel de sève (1cm de la base de la branche ou d'une fourche), et en garantissant l'aération qui empêchera l'humidité de s'installer trop durablement, et de créer des conditions trop propices aux pourritures...
L'esprit de l'arbre... L'esprit de l'homme... Qu'ils se rencontrent dans l'Esprit du Créateur, et de cet Amour naîtront de beaux fruits...